Face au changement climatique, à la raréfaction des ressources, aux tensions énergétiques ou encore à l’érosion de la biodiversité, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’ajuster leur modèle à la marge. Mettre en place une démarche RSE reste une étape essentielle, mais elle ne suffit pas toujours à garantir la pérennité des modèles économiques à horizon 10 ou 15 ans.

L’engagement RSE est nécessaire, mais pas suffisant

Depuis plus de 20 ans, les démarches RSE ont permis à de nombreuses entreprises de mieux structurer leurs engagements sociaux et environnementaux. Elles ont contribué à réduire certains impacts, à mobiliser les équipes et à faire évoluer les pratiques.

Mais pour Alan Fustec, il faut regarder la réalité en face : réduire ses impacts ne suffit pas à rendre une entreprise réellement soutenable. Une organisation peut progresser, baisser son empreinte carbone ou améliorer ses pratiques sociales, tout en ne respectant pas les limites planétaires.

C’est là que la mesure devient centrale. Avant d’affirmer qu’une entreprise est “à impact positif” ou “régénératrice”, encore faut-il objectiver ses impacts réels, les comparer à des seuils physiques et comprendre l’écart à combler.

La robustesse, comme nouvelle boussole de l’entreprise

L’un des messages forts de l’épisode tient dans ce changement de perspective : la rentabilité reste indispensable à court terme, mais elle ne peut plus être l’unique boussole de l’entreprise.

Une entreprise doit bien sûr être rentable pour vivre. Mais si elle maximise sa rentabilité annuelle sans interroger sa dépendance à l’énergie, à l’eau, aux matières premières ou à certains usages voués à évoluer, elle risque de fragiliser sa capacité à exister demain.

La question devient alors : comment être encore vivant dans 10 ou 15 ans ?

C’est cette logique de robustesse, de pérennité et de résilience qui doit progressivement compléter les indicateurs financiers classiques. Pour Alan Fustec, la soutenabilité n’est pas une contrainte extérieure au modèle économique : elle devient une condition de survie.

La stratégie du Y : transformer sans tout casser

La stratégie du Y repose sur une idée simple : une entreprise ne peut pas abandonner brutalement son activité actuelle, même si celle-ci n’est pas pleinement compatible avec les limites planétaires. Ce serait trop risqué économiquement et humainement.

La méthode consiste donc à travailler en parallèle sur deux voies :

  1. Le canal originel, c’est l’activité actuelle de l’entreprise. Celle qui génère du chiffre d’affaires, finance les emplois, permet d’investir et assure la continuité de l’organisation. Sur ce canal, l’enjeu est de réduire au maximum les impacts grâce à une démarche RSE solide, mesurée et structurée.
  2. Le canal original, c’est l’espace de réinvention. C’est là que l’entreprise explore de nouvelles offres, de nouveaux usages, de nouveaux modèles économiques, parfois plus sobres, plus frugaux, plus circulaires ou fondés sur l’économie de la fonctionnalité. Ce canal ne remplace pas immédiatement l’activité actuelle : il se construit progressivement, se teste, s’ajuste, jusqu’à devenir suffisamment robuste pour prendre le relais.

Autrement dit, la bifurcation ne consiste pas à “tout arrêter” du jour au lendemain. Elle consiste à organiser une transition crédible, mesurée et progressive entre ce qui fait vivre l’entreprise aujourd’hui et ce qui lui permettra d’exister demain.

Mesurer, arbitrer, réinventer

Dans l’épisode, Alan Fustec rappelle que la stratégie du Y s’appuie d’abord sur un diagnostic robuste réalisé à l’aide de la triple comptabilité T3K : où se situe l’entreprise par rapport aux limites planétaires et au plancher social ? Quels impacts sont les plus critiques ? Quelles activités sont les plus exposées aux tensions futures sur les ressources, l’énergie ou les usages ?

À partir de là, l’entreprise peut identifier les leviers de réduction sur son canal originel, puis explorer les pistes de mutation de son canal original : sobriété, low-tech, économie de la fonctionnalité, réemploi, seconde vie, biomimétisme ou nouvelles propositions de valeur.

Cette transformation ne se décrète pas en quelques mois. Elle demande du temps, des investissements, de la mesure, de l’expérimentation et une vision stratégique de long terme.

Une invitation à accepter la complexité

Cet épisode de The Big Shift défend une approche nuancée de la transformation des entreprises. Il ne s’agit ni de nier l’urgence écologique, ni de demander aux entreprises de se mettre en danger du jour au lendemain. Il s’agit plutôt d’assumer une pensée complexe : réduire les impacts dès maintenant, tout en préparant sérieusement les modèles économiques de demain.

Pour Alan Fustec, vivre confortablement dans les limites planétaires est possible. Mais cela suppose de sortir des slogans, de mesurer les impacts réels et de transformer les modèles économiques en profondeur.

Une discussion essentielle pour toutes les entreprises qui veulent dépasser la RSE de conformité et engager une véritable stratégie de soutenabilité.

 

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