La Coupe du monde de la FIFA 2026™ se tiendra du 11 juin au 19 juillet 2026 dans 16 villes hôtes réparties dans 3 pays : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Cette compétition sportive, deuxième évènement le plus regardé au monde, en sera déjà à sa 23e édition. Depuis 1930, ce tournoi réunit tous les 4 ans près d’un millier de footballeurs professionnels et des millions de spectateurs à travers le monde.

Cependant, les conditions d’organisation de cet évènement pourraient être profondément modifiées dans les décennies à venir. En effet, le changement climatique, avec un réchauffement moyen global de +1,24 °C depuis la période préindustrielle (Indicators of Global Climate Change, 2025), dérègle plusieurs paramètres : hausse des températures et de l’humidité, augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de sécheresse, etc. Ces évolutions posent un défi croissant à la FIFA pour l’organisation des prochaines éditions.

Cet article vise à montrer l’ampleur des perturbations attendues à horizon 2050 (période 2041-2060) dans les villes hôtes de la Coupe du monde de la FIFA 2026™, tant pour les joueurs que pour les spectateurs. L’analyse s’appuie sur le scénario d’émissions SSP 8.5 du GIEC, considéré comme le plus pessimiste et prenant comme hypothèse une augmentation continue de l’utilisation des énergies fossiles, et examine en particulier : 

  • 2 indicateurs – le heat index et le WBGT – permettant d’estimer la chaleur ressentie par le corps humain laquelle influence directement la performance et la santé des joueurs ;
  • le nombre de jours de fortes chaleurs présentant un risque de santé pour certains spectateurs ;
  • les difficultés d’accès à l’eau liées à un déficit de précipitations, ressource pourtant essentielle pour des raisons sanitaires, énergétiques et sportives.

 

Le nombre de jours avec des conditions météorologiques favorables à la pratique sportive de haute intensité devrait drastiquement diminuer d’ici 2050

Les matchs d’une Coupe du Monde se caractérisent par une intensité physique élevée. Il est donc essentiel que les joueurs évoluent dans un environnement permettant à leur corps d’évacuer efficacement la chaleur produite par l’effort. A défaut, des risques pour leur santé peuvent apparaître et leurs performances se dégrader. L’évacuation de la chaleur devient encore plus difficile lorsque le taux d’humidité est élevé, un phénomène que le changement climatique pourrait accentuer.

L’indice de chaleur

L’indice de chaleur (heat index), qui combine la température de l’air et l’humidité relative, constitue ainsi un indicateur particulièrement pertinent pour évaluer l’impact des conditions météorologiques sur la performance sportive des joueurs. Plus cet indice est élevé, plus le risque de troubles augmente lors d’une activité physique intense. Des classes d’indice de chaleur indiquant le niveau des effets sur le corps humain et la probabilité de troubles liés à la chaleur lors d’une exposition prolongée ou d’une activité physique existent. Nous avons ici regroupé les classes ayant des conditions pouvant provoquer des effets dangereux (insolation, crampes de chaleur, etc.) avec une probabilité non négligeable.

 

Exposition des sites de la Coupe du monde de la FIFA 2026 à l’indice de chaleur
Période estivale (92 jours) – 2050 – SSP 8.5

Cartographie - fortes chaleurs coupe du monde en 2050

A retenir

L’analyse de l’évolution de cet indice d’ici 2050 montre que la pratique sportive à haut niveau durant la saison estivale (juin, juillet et août – soit 92 jours) sera dangereuse pendant un nombre de jours considérable dans la majorité des villes hôtes de la Coupe du monde de la FIFA 2026™.

Par exemple, la ville de Miami, qui doit accueillir un quart de finale et la petite finale, connaîtra des conditions à risque durant toute la période estivale de 2050 : les 92 jours de l’été seront concernés, rendant toute activité physique intense difficilement envisageable dans cette ville. A Houston, la situation sera presque similaire avec 91 jours sur 92 jugés dangereux. Dans les villes de Dallas et d’Atlanta accueillant chacune une demi-finale, ce sont respectivement 78 et 66 jours d’été 2050 qui présenteront des conditions dangereuses pour les joueurs. D’autres villes comme Los Angeles et Kansas City où seront organisés un quart de finale, ou encore Monterrey, seront également touchées par des conditions défavorables durant respectivement 74, 59 et 74 jours de l’été 2050.

Ainsi, ces projections montrent que la tenue de matchs durant l’été 2050 dans ces villes hôtes pourrait exposer les joueurs à des conditions particulièrement dangereuses, tout en altérant leurs performances. Ces résultats interrogent donc la pérennité des calendriers actuels face aux nouvelles contraintes climatiques.

Classement des villes par nombre de jours dangereux - CDM 2050

Le WBGT

Pour évaluer l’adéquation des conditions de jeu par rapport aux conditions météorologiques, la FIFA utilise la température au thermomètre-globe mouillé, appelé WBGT (Wet-Bulb Globe Temperature). Cet indice est un indice de température ressentie qui prend en compte les effets de la température, de l’humidité, du rayonnement solaire et du vent. La FIFA impose des pauses fraîcheur au milieu de chaque mi-temps lorsque cet indice est supérieur à 32°C. Mais de nombreux professionnels du secteur (le FIFPRO, qui est le syndicat mondial des footballeurs professionnels, ainsi que des fédérations comme celle de l’Australie, ou encore des médecins) jugent ce seuil trop élevé et recommandent plutôt des pauses lorsque qu’il est compris entre 26 et 28°C et un décalage ou report du match lorsqu’il dépasse 28 °C.

Nous avons également analysé l’évolution de cet indice d’ici 2050. En raison du manque de données, nous nous sommes basés sur une version simplifiée du WBGT qui ne prend pas en compte les effets du rayonnement solaire et du vent (les résultats peuvent donc sous-estimer l’impact réel perçu par les joueurs sur le terrain).

A retenir

Avec cet indicateur, nous constatons également une diminution marquée du nombre de jours favorables à la pratique du football de haut niveau durant l’été 2050.

En effet, en considérant le seuil de 28°C recommandé par le FIFPRO, aucun jour de l’été 2050 ne permettra à Miami d’accueillir un match sans qu’il soit décalé ou reporté. Houston connaîtra 71 jours au-dessus de ce seuil en été 2050, soit environ 3 jours sur 4 durant lesquels les conditions nécessiteront une adaptation du calendrier. Dallas et Atlanta enregistreront respectivement 60 et 47 jours durant lesquels les matchs devront être décalés ou reportés, soit environ 2 jours sur 3 pour Dallas et 1 jour sur 2 pour Atlanta.

 

Nombre de jours pour lesquels les matchs dans les villes hôtes de la Coupe du monde 2026 les plus touchées seront perturbés durant l’été 2050

Site Nombre de jours avec WBGT >= 26 °C et < 28 °C (seuil FIFPRO) Nombre de jours avec WBGT >= 28 °C (seuil FIFPRO) Nombre de jours avec WBGT > 32 °C (seuil FIFA)
Miami Stadium 0 92 0
Houston Stadium 6 71 3
Dallas Stadium 14 60 0
Atlanta Stadium 15 47 0
Kansas City Stadium 8 38 0
Philadelphia Stadium 10 33 0
New York New Jersey Stadium 25 15 0

 

Ainsi, avec les conditions climatiques attendues à l’horizon 2050, l’organisation d’une Coupe du Monde dans les mêmes villes hôtes que celles de 2026 et à la même période serait presque impossible, tant le déroulement des matchs serait perturbé : nécessité de nombreuses pauses fraîcheur, reports ou décalages de matchs fréquents et adaptations multiples d’un calendrier déjà très condensé. Ces conditions pourraient également impacter les spectateurs.

Les conditions pourraient également devenir dangereuses pour les spectateurs, avec une augmentation significative du nombre de jours de fortes chaleurs d’ici 2050

Les jours de fortes chaleurs, soit lorsque la température maximale dépasse les 35°C dans la journée, peuvent avoir des effets néfastes sur la santé (maux de tête, nausées, malaises, etc.), en particulier chez les personnes les plus vulnérables (personnes âgées, enfants, etc.). Or, une Coupe du monde rassemble un public très diversifié incluant des personnes vulnérables, ce qui constitue donc un enjeu de santé publique ne pouvant être négligé, d’autant plus que le changement climatique devrait accroître la fréquence de ces épisodes extrêmes (particulièrement l’été).

Dans plusieurs villes déjà citées où la pratique sportive deviendra particulièrement risquée pour les joueurs, les spectateurs seront eux aussi fortement exposés. En 2050, Dallas enregistrera 68 jours d’été avec des températures extrêmes, soit plus de 2 jours sur 3 et environ 15 jours de plus qu’aujourd’hui. À Houston, le changement climatique entraînera environ 20 jours supplémentaires de fortes chaleurs, pour atteindre 43 jours au total durant l’été 2050, soit presque 1 jour sur 2. Des valeurs similaires seront également observées à Kansas City. D’autres villes devront également faire face à des périodes de fortes chaleurs considérables, avec par exemple 31 jours à San Francisco (soit 1 jour sur 3) et 20 jours à Los Angeles.

 

Nombre de jours de fortes chaleurs durant la période estivale en 2050 dans les villes hôtes de la Coupe du monde de la FIFA 2026™ les plus touchées

Site Nombre de jours de fortes chaleurs Evolution par rapport à la normal (1991-2020)
Dallas Stadium 68 +15
Houston Stadium 43 +20
Kansas City Stadium 42 +15
Estadio Monterrey 35 +15
San Francisco Bay Area Stadium 31 +11
Los Angeles Stadium 20 +4
Atlanta Stadium 17 +9

 

A retenir

En 2050, l’ensemble des villes hôtes sera confronté aux fortes chaleurs au cours de la saison estivale.

Dans ce contexte, il en va de la responsabilité de la FIFA et des organisateurs d’anticiper ces conditions climatiques afin de garantir la santé et la sécurité des joueurs mais aussi des spectateurs. Pour faire face à ces fortes chaleurs, l’accès à l’eau sera un enjeu crucial, tant pour l’hydratation que pour le rafraîchissement des personnes. Pourtant, cette ressource risque d’être limitée.

 

La disponibilité de la ressource en eau d’ici 2050 pourrait également devenir une contrainte majeure pour l’organisation de l’événement

L’organisation d’une Coupe du monde entraîne une forte consommation d’eau : besoins sanitaires multiples (boisson, nettoyage des infrastructures et de la ville, rafraichissement, etc.), utilisation de systèmes de climatisation, arrosage des pelouses des stades et centres d’entraînement afin de favoriser la circulation du ballon et limiter les risques de blessure des joueurs (une pelouse arrosée permet une meilleure absorption des chocs), etc.

Pourtant, dans plusieurs villes hôtes de la Coupe du monde 2026, les périodes sans pluie devraient s’allonger d’ici 2050. En effet, le changement climatique perturbe les cycles de l’eau et modifie la fréquence et/ou l’intensité des précipitations selon les régions. Cette évolution accentuerait ainsi le risque de stress hydrique, déjà présent dans certaines villes hôtes. Celui-ci est défini comme le rapport entre la demande en eau et les ressources en eau disponibles.

A retenir

Parmi les 16 villes hôtes, 6 seront touchées par un niveau de stress hydrique très élevé en 2050 et seront donc dans une situation de rupture très probable.

Cela inclut notamment les villes de New York, Miami, Dallas et Los Angeles qui accueilleront toutes des matchs de phases finales et qui feront donc face en plus à des flux touristiques et de spectateurs majeurs et une demande en eau ponctuelle très importante, accentuant ainsi le risque de rupture.

Si nous prenons l’exemple de la ville de Dallas, particulièrement exposée au stress thermique à l’horizon 2050 comme nous l’avons vu précédemment, l’eau y deviendra donc particulièrement nécessaire. Les besoins en eau seront multiples : le stress thermique assèchera la pelouse du stade, nécessitant un arrosage accru ; l’hydratation des spectateurs lors des épisodes de fortes chaleurs devra être assurée ; et d’autres usages liés à la gestion des installations et infrastructures devront également être pris en compte. Pourtant, la demande en eau dans le bassin versant de Dallas devrait dépasser de 48 % les volumes d’eau disponibles. Autrement dit, pour chaque litre d’eau disponible, 1,48 L sera nécessaire (ou encore : pour chaque litre d’eau nécessaire, seulement 0,67 L sera disponible). 

 

Exposition des sites de la Coupe du monde 2026 de la FIFA 2026 au stress hydrique
2050 – SSP 8.5

Cartographie exposition stress hydrique

A retenir

Les conditions ne pourraient donc plus être réunies, dans cette ville ainsi que dans d’autres villes hôtes, pour assurer la sécurité des joueurs et des spectateurs.

La FIFA doit absolument anticiper les impacts du changement climatique pour les prochaines éditions de sa Coupe du monde

L’organisation d’une Coupe du monde en été 2050 dans les mêmes villes hôtes que celles de 2026 ne sera tout simplement pas possible sans impacts sur la santé et la sécurité des joueurs et spectateurs. En effet, les projections climatiques montrent que l’été 2050 pourrait être marqué par des conditions météorologiques très difficiles qui rendraient la pratique du sport de haut niveau dangereuse pour les joueurs, et mettraient aussi en danger les spectateurs les plus vulnérables.

Faut-il alors décaler la période de l’événement, par exemple en automne ou en hiver comme ce fut le cas en 2022 au Qatar, et donc modifier le calendrier des championnats nationaux ? Faut-il modifier l’horaire des matchs, par exemple jouer le matin ou tard dans la soirée plutôt que dans l’après-midi ou en fin de journée ? Est-il préférable d’adapter l’ensemble des infrastructures (stades couverts, végétalisés, etc.) ou bien de sélectionner directement les pays candidats à l’organisation selon leur exposition au changement climatique ?

Autant de questions sur lesquelles la FIFA devra se pencher rapidement pour garantir la pérennité de l’événement, tout en préservant la santé et la sécurité des participants. Cette réflexion est d’autant plus urgente que l’attribution du pays hôte par la FIFA intervient près de dix ans à l’avance : les conditions climatiques évoquées dans cet article (période 2041-2060) pourraient se manifester dès 2040 dans des pays dont le choix sera donc arrêté autour de 2030, soit très prochainement…

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Auteur

Jérémie Senut - Goodwill Management

Jérémie Senut

Consultant