L’eau douce est au cœur de nos systèmes économiques. Elle irrigue les cultures, refroidit les machines, entre dans la composition de nos produits et conditionne le fonctionnement de nos infrastructures énergétiques. Pourtant, elle se raréfie. Aujourd’hui, 2 milliards de personnes vivent dans des zones à stress hydrique et les prélèvements mondiaux en eau ont été multipliés par 6,5 depuis 1900, une progression plus rapide que la croissance démographique mondiale (IPBES, Global Report, 2024).

Pour les entreprises, ce n’est plus seulement une question environnementale. C’est un risque opérationnel, financier et réputationnel. L’empreinte eau est l’outil qui permet de le mesurer et d’agir.

 

Une ressource qui se raréfie : ce que le changement climatique change

La pression sur l’eau douce n’est pas seulement le résultat de nos modes de consommation actuels. C’est aussi une trajectoire qui s’accélère sous l’effet du changement climatique.

En dix ans, l’eau douce renouvelable (celle qui se renouvelle à travers le cycle de l’eau) a déjà diminué de 14 % en France. Les projections à horizon 2050 sont préoccupantes. Dans un scénario de réchauffement à +2,4°C, les consommations en eau pourraient doubler entre 2020 et 2050 sans inflexion des tendances actuelles, selon France Stratégie. 

À l’échelle mondiale, entre 42 % et 79 % des bassins hydrographiques devraient être affectés de façon critique d’ici 2050, selon le GIEC, avec des conséquences directes sur les écosystèmes d’eau douce et la capacité des réservoirs à assurer la sécurité en approvisionnement. 

Limiter le réchauffement à 1,5°C plutôt qu’à 2°C permettrait de réduire d’environ de moitié la proportion de la population mondiale exposée aux pénuries d’eau. Mais dans tous les scénarios, la tendance est à la dégradation : la situation hydrique devrait se dégrader entre 2020 et 2050, non seulement en été mais aussi en hiver, dans la très grande majorité de la France hexagonale, sous l’effet combiné d’une diminution de la ressource et d’une augmentation de la demande, selon le Haut-Commissariat au Plan.

Pour les entreprises, cela signifie que les tensions hydriques qui semblent aujourd’hui localisées ou saisonnières ont vocation à devenir structurelles. Anticiper son exposition à ce risque n’est plus une démarche volontariste : c’est une condition de résilience et pérennité.

 

Pourquoi l’eau est devenue un enjeu stratégique pour les entreprises ?

Les signaux d’alarme se multiplient. Selon la Banque mondiale, le stress hydrique pourrait coûter jusqu’à 6 % du PIB de certains pays d’ici 2050. En 2018, les grandes entreprises des secteurs extractif, énergétique et pharmaceutique ont déclaré 38 milliards de dollars de pertes financières directement liées à l’eau. Toujours selon le CDP, le coût de l’inaction est estimé à cinq fois celui de l’action.

Les secteurs les plus exposés sont aussi parmi les plus structurants de nos économies : agriculture, agroalimentaire et boissons, textile et habillement, énergie, chimie, extraction minière, semi-conducteurs. Ces filières partagent un double profil de risque : elles consomment des volumes d’eau importants et sont souvent implantées dans des zones géographiques déjà sous tension hydrique.

Trois quarts des emplois dans le monde dépendent d’un approvisionnement fiable en eau. La raréfaction de cette ressource n’est donc pas un enjeu sectoriel : c’est une variable systémique qui touche l’ensemble des chaînes de valeur.

 

Qu’est-ce que l’empreinte eau ?

L’empreinte eau d’une entreprise désigne l’ensemble de l’eau douce consommée, prélevée ou dégradée pour produire et distribuer ses biens et services, en prenant en compte l’intégralité de la chaîne de valeur, de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie des produits.

Elle se décompose en trois composantes :

  1. L’eau bleue correspond à l’eau prélevée dans les rivières, les lacs et les nappes phréatiques. C’est la plus visible et la plus directement mesurable.
  2. L’eau verte désigne l’eau de pluie stockée dans les sols et utilisée par les plantes et les cultures. Elle est particulièrement pertinente pour les entreprises dont la chaîne d’approvisionnement repose sur des matières agricoles.
  3. L’eau grise représente le volume d’eau nécessaire pour diluer les polluants rejetés dans les milieux naturels jusqu’à un seuil de qualité acceptable. Elle révèle l’impact des modèles de production sur la qualité des ressources en eau, au-delà de la simple consommation volumétrique.

Cette triple lecture est essentielle : une entreprise peut afficher une consommation d’eau bleue modeste tout en générant une empreinte grise significative, selon ses procédés industriels ou les pratiques agricoles de ses fournisseurs.

 

Comment mesurer l’empreinte eau de son entreprise ?

Deux méthodes font aujourd’hui référence, avec des logiques et des périmètres distincts.

La méthode Water Footprint Network (WFN)

Développée par le Water Footprint Network, cette approche mesure le volume total d’eau utilisé sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle couvre les trois types d’eau (bleue, verte, grise) et repose sur une logique de comptabilité hydrique : combien d’eau est mobilisée, à chaque étape, pour produire un bien ou un service ?

C’est une méthode particulièrement adaptée pour établir un premier état des lieux global et identifier les postes de consommation les plus significatifs.

La méthode AWARE

AWARE (Available WAter REmaining) adopte une approche différente : elle ne mesure pas le volume consommé, mais la rareté locale de l’eau disponible pour de nouveaux usages. Autrement dit, elle contextualise l’impact en fonction de la situation hydrique du territoire où l’eau est prélevée.

Basée sur la méthodologie de l’analyse du cycle de vie (ACV) et reconnue par la norme ISO 14046, AWARE ne couvre que l’eau bleue. Elle est particulièrement pertinente pour les entreprises qui souhaitent évaluer leur contribution au stress hydrique local plutôt que leur consommation absolue.

Le choix entre ces deux méthodes dépend de l’objectif poursuivi : cartographie volumétrique globale ou évaluation de la sensibilité au contexte géographique. Dans une démarche complète, les deux approches sont complémentaires.

 

De la mesure à l’action : trois leviers pour réduire son empreinte eau

Mesurer son empreinte eau n’est pas une fin en soi. C’est le point de départ d’une trajectoire de réduction.

  1. Cartographier l’ensemble de la chaîne de valeur pour identifier les zones critiques : quels fournisseurs, quels sites de production, quelles matières premières concentrent les risques hydriques les plus élevés ?
  2. Prioriser les actions en fonction de l’exposition au stress hydrique. Un volume d’eau consommé dans une région abondante n’a pas le même impact qu’un volume identique prélevé dans une zone déjà déficitaire. La géolocalisation des risques est une étape clé.
  3. Transformer les pratiques : réduction des consommations dans les procédés industriels, recyclage et réutilisation des eaux de process, sécurisation des approvisionnements par la diversification ou la relocalisation, engagement des fournisseurs dans des pratiques agricoles moins intensives en eau.

Agir sur son empreinte eau, c’est simultanément réduire son impact environnemental et renforcer sa résilience opérationnelle face à des risques d’approvisionnement qui s’intensifient.

 

Goodwill-management propose un accompagnement sur mesure pour aider les entreprises à mesurer et réduire leur empreinte eau, de la cartographie de la chaîne de valeur à la définition d’un plan d’action opérationnel.

Nos équipes mobilisent les méthodes WFN et AWARE selon les enjeux spécifiques de chaque secteur et intègrent l’empreinte eau dans une approche plus large de gestion des impacts environnementaux.

Auteur

photo Charlotte Haguenauer - Goodwill-management

Charlotte Haguenauer

Cheffe de projets senior