L’eau est la ressource la plus précieuse au monde, à tel point qu’elle est souvent qualifiée de « nouvel or bleu ». Essentielle à la vie et à l’économie, elle est pourtant aujourd’hui au cœur d’une crise mondiale. Le changement climatique, la croissance démographique et la multiplication des usages n’ont cessé d’accroître les pressions sur sa disponibilité, tandis que les pollutions générées par les activités humaines contribuent de plus en plus à sa dégradation, mettant ainsi en danger à la fois la santé humaine, les écosystèmes et l’économie mondiale.

La situation n’a jamais été aussi critique. L’ONU le souligne dans son rapport Faillite hydrique mondiale, publié le 20 janvier dernier, en affirmant que nous sommes entrés dans « une ère de faillite hydrique mondiale ». L’urgence d’agir s’impose désormais comme une évidence.

Cet article vise à expliquer l’importance de cette ressource pour le monde économique ainsi que les multiples raisons d’agir. Il présente également les possibilités de passer à l’action afin de renforcer la résilience des modèles économiques face aux risques de raréfaction de l’eau et de dégradation de sa qualité.

 

Eau et entreprises : pourquoi agir maintenant ?

Une ressource qui se dégrade et se raréfie de plus en plus

Le monde vit au-delà de ses moyens hydrologiques.

ONU, 2026

Le constat dressé par le dernier rapport de l’ONU est sans appel. Il souligne qu’environ 70 % des principaux aquifères mondiaux présentent des niveaux à la baisse sur le long terme. La demande en eau dépasse aujourd’hui la capacité de renouvellement en eaux de surface et souterraines dans de nombreuses régions du globe. Cela s’explique par 2 éléments principaux :

  1. Une pression croissante des usages, tirée par la croissance démographique : le volume d’eau douce consommé à l’échelle mondiale ne cesse d’augmenter, avec des prélèvements mondiaux d’eau douce multipliés par près de six depuis 1900 (Our World in Data) ;
  2. Une diminution de la disponibilité de la ressource à cause du changement climatique : l’OCDE affirme dans son rapport de 2025 que « la superficie terrestre mondiale concernée par les sécheresses a doublé entre 1900 et 2020 et qu’une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces phénomènes a été relevée sur 40 % du globe au cours des dernières décennies ».

À cela s’ajoute la dégradation de la qualité de l’eau qui peut rendre la ressource impropre à certains usages. Les sources de pollution sont multiples (agriculture intensive, pollutions industrielles, pressions urbaines, etc.) et se traduisent par une altération significative des milieux aquatiques : par exemple, en Europe, près de 60 % des eaux de surface ne sont pas en bon état écologique (EEA, 2022).

La situation apparait donc comme très préoccupante. Si les enjeux de quantité et de qualité de l’eau se manifestent à des échelles locales, ils traduisent en réalité un déséquilibre global. En effet, les deux limites planétaires du Stockholm Resilience Centre en lien avec l’eau sont désormais dépassées. Le dernier rapport de l’ONU indique, quant à lui, que près de 4 milliards de personnes sont confrontés à une pénurie d’eau sévère au moins un mois par an, et que 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable de qualité.

 

Des conséquences économiques majeures

Face à cette crise globale de l’eau, le monde économique est plus que jamais en péril puisque cette ressource est au cœur de nos économies. En effet, sa valeur économique totale est estimée à 60 % du PIB mondial selon une étude du WWF de 2023. Sans action de notre part, le WWF estime que jusqu’à 46 % du PIB mondial pourrait être affecté par un stress hydrique d’ici 2050, déstabilisant ainsi considérablement l’économie mondiale.

À l’échelle mondiale, la sécheresse et ses conséquences sanitaires, environnementales, agricoles et économiques représentent d’ores-et-déjà 307 milliards de dollars de pertes chaque année (ONU, 2026).

Les coûts de dépollution de nos eaux atteignent aussi des montants pharamineux. Une étude récente indique qu’à l’échelle européenne, l’élimination des PFAS qui n’est qu’un type de polluants parmi d’autres, représenterait jusqu’à 100 milliards d’euros par an (Le Monde, 2025). Au-delà de ces coûts directs, les pollutions diffuses engendrent chaque année près de 200 milliards d’euros de coûts indirects en France, notamment pour la santé humaine et la biodiversité, comme l’indique le CESE.

Les conséquences économiques de la raréfaction de l’eau et de la dégradation de sa qualité sont donc colossales. Les risques associés pour les entreprises sont réels et multiples :  

  • Risques physiques et opérationnels liés à la diminution de la disponibilité de la ressource ou à une qualité insuffisante, pouvant entraîner une diminution voire un arrêt de production et d’activité, ou des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement ;
  • Risques financiers liés à l’augmentation projetée du prix de l’eau ;
  • Risques de transition et réglementaires  liés au renforcement des normes sur les prélèvements, les rejets et le traitement des eaux, ainsi qu’à l’évolution des pratiques vers une gestion plus sobre et circulaire de la ressource ; 
  • Risques de réputation liés à des attentes de plus en plus fortes des parties prenantes. 
     

Une accélération des attentes des parties prenantes

Depuis plusieurs mois, nous observons une dynamique réglementaire croissante sur les sujets de l’eau avec des réglementations et normes qui deviennent de plus en plus exigeantes. Cette évolution s’inscrit dans une prise de conscience accrue, liée aux problèmes de pollution et d’accès à l’eau qui se matérialisent dans la vie quotidienne.

Les cadres réglementaires relatifs à l’eau se structurent à différentes échelles :

  • Au niveau international, avec la norme ISO 46001 qui vise à aider les  entreprises dans l’évaluation et l’amélioration de leur utilisation de l’eau, tout en réduisant les coûts et les impacts environnementaux.
  • Au niveau européen, avec les ESRS E2 et E3 de la CSRD qui demandent aux entreprises concernées de fournir des informations sur les politiques, actions, indicateurs et objectifs liés respectivement aux pollutions et à la ressource en eau, ou avec la Directive Cadre sur l’Eau qui fixe les prescriptions et obligations des entreprises en matière de prélèvements et de rejets d’eau ;
  • Au niveau national, avec le Plan Eau 2030 qui rend obligatoire la réalisation d’un Plan de Sobriété Hydrique pour toutes les filières industrielles.

Les attentes des parties prenantes sont donc nombreuses, et devraient encore se renforcer dans les années à venir. Pour les entreprises, l’enjeu est double : anticiper ces évolutions afin d’y répondre efficacement, mais aussi renforcer leur résilience face à un sujet désormais structurant et stratégique.

 

Eau et entreprises : un enjeu stratégique clé

L’eau : un enjeu systémique

Maillon essentiel de l’ensemble des activités économiques, l’eau est une ressource cruciale pour toutes les entreprises, que ce soit de façon directe ou indirecte via leur chaîne de valeur. Elle est présente partout et remplit des fonctions multiples selon les secteurs :

  • En tant que ressource primaire pour l’agriculture, où elle conditionne directement les rendements, la qualité des productions et la sécurité alimentaire ;
  • En tant que ressource industrielle, utilisée dans de nombreux procédés de fabrication et de transformation (ingrédient, solvant, etc.) ;
  • En tant que vecteur énergétique, notamment pour la production d’hydroélectricité et de vapeur, ainsi que pour le refroidissement des installations ;
  • En tant que ressource sanitaire, indispensable aux activités de nettoyage, d’hygiène et de maintien des conditions de production.

Au-delà de ces usages directs, l’eau est également mobilisée tout au long des chaînes de valeur, à travers les matières premières, les composants et les services nécessaires aux activités des entreprises. Cette omniprésence, souvent peu visible, révèle en réalité une dépendance profonde et structurante des modèles économiques à cette ressource. Dès lors, les tensions croissantes sur sa disponibilité et sa qualité transforment progressivement une contrainte opérationnelle en un véritable enjeu de pilotage stratégique et économique.

 

De la contrainte opérationnelle à un enjeu de pilotage économique et stratégique

Pour faire face aux enjeux de quantité et de qualité de l’eau, les entreprises sont d’ores et déjà, ou seront très prochainement, contraintes de questionner leurs relations à cette ressource afin d’éviter des impacts économiques significatifs. En effet, les problématiques liées à l’eau ont des répercussions directes sur leur stratégie, dans la mesure où elles peuvent affecter leur rentabilité, voire contraindre certains choix d’implantation et/ou de relocalisation.

Toute entreprise devra ainsi rapidement intégrer ces deux défis majeurs dans ses décisions d’investissement si elle souhaite maintenir sa compétitivité et assurer la continuité de ses opérations. Cela se traduira par exemple par :  

  • La mise en place de dispositifs de suivi des consommations, tels que des compteurs d’eau, dont l’absence peut entraîner une majoration significative de certaines redevances (exemple : +60 % pour les industriels rattachés à l’agence de l’eau Loire-Bretagne) ;
  • L’investissement dans des technologies de traitement et de dépollution, afin de réduire les rejets et d’anticiper le renforcement des réglementations (exemple : taxe sur les PFAS fixée à 100 € / 100 grammes rejetés dans l’eau, prévue à partir du 1er septembre 2026) ;
  • L’optimisation des procédés industriels, via des équipements plus sobres et plus efficaces en eau, permettant de limiter les prélèvements et réduire sa facture en cas de hausse du prix de l’eau (exemple : le réseau d’opérateurs France Eau Publique alerte que le prix de l’eau pourrait augmenter de plus de 50% d’ici à 2030).

Ces évolutions interrogent donc directement la pérennité des modèles économiques des entreprises.

 

Des secteurs et modèles économiques plus exposés

Même si toutes les entreprises seront impactées par un manque d’eau et une qualité dégradée, certains secteurs économiques seront plus affectés que d’autres. Le WWF, au moyen de son outil Water Risk Filter, met ainsi en évidence les secteurs dont la dépendance à la ressource en eau est la plus forte, tant du point de vue de sa disponibilité que de sa qualité.

Schéma water risk filter

Niveaux de dépendance directe des différents secteurs économiques à la disponibilité de l’eau et à sa qualité.

Les secteurs agricoles (productions animales et végétales, pêche et aquaculture) et agroalimentaires (productions alimentaires et de boissons) sont parmi les plus touchés. D’autres secteurs sont également particulièrement exposés, notamment la production d’électricité d’origine hydraulique, les services d’hôtellerie, les industries du papier et des produits forestiers, ainsi que les opérateurs et services liés à la gestion de l’eau. A ce titre, Goodwill-management peut vous accompagner dans la prise en compte de ces enjeux grâce à son expertise sur les secteurs agri-agroalimentaire ou encore CHR (Cafés Hôtels Restaurants).

Eau et entreprises : comment passer à l’action concrètement ?

Réaliser l’empreinte eau de vos activités

L’empreinte eau mesure les volumes d’eau mobilisés, directement et indirectement, tout au long de votre chaîne de valeur, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’utilisation de vos produits et services. Notre méthodologie, issue des travaux du Water Footprint Network et qui s’inscrit dans le cadre plus large de notre méthode triple comptabilité T3K, s’appuie sur des bases de données robustes (Water Footprint dataset, Water Gap, FAO) et permet de quantifier vos consommations d’eau par pays et par secteurs. Cela vous permettra d’identifier les zones géographiques et les secteurs de forte consommation, étape préliminaire pour une gestion plus durable de la ressource.

exemple empreinte eau entreprise

Résultats d’empreinte eau d’une entreprise fictive :  répartition entre consommation directe et indirecte (à gauche), répartition des consommations totales par secteurs (en haut à droite) et par zones géographiques (en bas à droite).

 

Réaliser un diagnostic de risques liés à l’eau

Le diagnostic des risques liés à l’eau peut prendre en compte : 

  • les risques physiques : stress hydrique, sécheresse, présence de zones de pollution, etc ;
  • les risques règlementaires : prise en compte de l’eau dans la loi, présence d’outils de gestion, etc ;
  • les risques de réputation : pressions exercées sur les zones d’eau douce, facteurs environnementaux et socio-économiques, etc.

Tous ces risques sont spatialisés à l’échelle mondiale et sont issus de sources reconnues (WWF Risk Filter, AQUEDUCT, etc.). Nous pourrons cartographier vos sites propres ainsi que les sites de vos fournisseurs, dans le but de faire ressortir les sites les plus à risque. Pour les risques physiques, nous pourrons aussi regarder leur évolution selon les différents scénarios du GIEC et selon différents horizons temporels.

carte exposition stress hydrique

Exposition au stress hydrique des sites propres et des fournisseurs d’une entreprise fictive selon le scénario SSP 8.5 du GIEC à horizon court terme.

 

Réaliser une veille réglementaire

Mettre en place une veille réglementaire sur les sujets eau vous permet d’être au courant des nouvelles réglementations à anticiper pour votre activité.

 

Construire une stratégie et un plan d’action

La réalisation du diagnostic vous permettra de hiérarchiser vos principaux enjeux eau. Par la suite, nous pouvons vous accompagner dans la construction d’un plan d’action, assorti d’objectifs et d’indicateurs de suivi, afin de répondre concrètement aux enjeux mis en évidence lors du diagnostic.

Pour être efficace, le plan d’action devra couvrir à la fois vos opérations propres et l’ensemble de votre chaîne de valeur. Pour vos opérations propres, les actions peuvent viser à mieux maîtriser vos usages en réduisant vos consommations, en améliorant l’efficacité de vos procédés ou en limitant vos rejets. Pour votre chaîne de valeur, il s’agira surtout d’intégrer ces enjeux dans vos relations avec vos fournisseurs, en favorisant des pratiques plus sobres et en tenant compte des risques liés à l’eau dans les choix d’approvisionnement.

Pour garantir l’efficacité du plan d’action et assurer une intégration réelle des sujets eau dans la stratégie de l’entreprise, l’implication active de la gouvernance sera déterminante.

 

Gouvernance, conduite du changement et montée en compétences

Au-delà du diagnostic et du plan d’action, la prise en compte des enjeux liés à l’eau repose sur une gouvernance engagée et une démarche structurée de transformation interne. Les directions générales ont un rôle clé à jouer pour impulser une dynamique, fixer un cap stratégique clair et allouer les ressources nécessaires, tandis que les directions métiers assurent l’intégration opérationnelle des enjeux eau.

La mobilisation des équipes constitue également un levier essentiel de réussite. Elle peut passer par :

  • de la sensibilisation, via par exemple une Fresque de l’eau ;
  • de la montée en compétences, via des formations ou un MOOC, par exemple le MOOC en anglais des Nations Unies « Water: Addressing the Global Crisis »  ;
  • le partage de bonnes pratiques, via notamment des réseaux comme Orée, ou encore des initiatives collectives portées par les agences de l’eau, l’OFB et d’autres acteurs.

Eau et entreprises : vers une performance soutenable

Ressource longtemps perçue comme abondante, inépuisable et peu coûteuse, l’eau n’est plus ce qu’elle était. Elle est désormais fragile, sous pression et inégalement répartie, de quoi déstabiliser l’économie mondiale puisque toutes les entreprises en dépendent, que ce soit de façon directe ou indirecte.

Ne pas intégrer dès aujourd’hui les enjeux liés à la quantité et à la qualité de l’eau dans les réflexions stratégiques de son entreprise revient à s’exposer à des risques majeurs à court, moyen et long terme.

Ainsi, la prise en compte de ces enjeux et leur intégration à tous les niveaux décisionnels d’une entreprise ne doit pas être perçu comme une contrainte, mais bien comme un véritable levier de transformation stratégique, au service de la pérennité de ses activités, de la maîtrise de ses coûts, d’une meilleure compétitivité et d’une performance soutenable.

Les entreprises capables d’anticiper ces évolutions, d’adapter leurs pratiques et de mieux piloter leurs usages seront les mieux armées pour faire face aux multiples tensions à venir.

Chez Goodwill-management, nous sommes convaincus que cette transition est non seulement nécessaire, mais aussi porteuse de sens. 

Auteurs

Jérémie Senut - Goodwill Management

Jérémie Senut

Consultant

photo Charlotte Haguenauer - Goodwill-management

Charlotte Haguenauer

Cheffe de projets senior