Charlotte Haguenauer
Cheffe de projets senior
À l’occasion de la Journée mondiale du recyclage, le débat public met souvent l’accent sur le tri et la valorisation des déchets. Pourtant, un indicateur clé montre que le défi est bien plus large : le taux de circularité de l’économie mondiale n’est aujourd’hui que de 6,9 %. Cela signifie que seulement 6,9 % des matières utilisées dans l’économie proviennent de ressources recyclées ou réutilisées.
Malgré la multiplication des politiques de recyclage et l’intérêt croissant pour l’économie circulaire, ce taux continue de diminuer. Comment expliquer ce paradoxe ? Et surtout, quels leviers peuvent activer les entreprises pour améliorer la circularité de leur modèle économique ?
Le taux de circularité mesure la part des matières secondaires, c’est-à-dire recyclées ou réutilisées, dans l’ensemble des ressources utilisées par l’économie.
Cet indicateur permet d’évaluer dans quelle mesure l’économie fonctionne selon un modèle circulaire plutôt que linéaire.
Dans un modèle linéaire classique, les ressources suivent une trajectoire simple : extraire → produire → consommer → jeter.
L’économie circulaire cherche au contraire à maintenir les ressources dans le cycle économique le plus longtemps possible, grâce au recyclage, au réemploi, à la réparation ou encore à la réutilisation.
Le taux de circularité constitue donc un indicateur clé pour mesurer la transition vers une économie plus sobre en ressources.
La baisse du taux de circularité ne signifie pas que le recyclage diminue. Au contraire, les volumes de matières recyclées continuent d’augmenter.
Le problème vient d’ailleurs : la consommation globale de ressources progresse encore plus rapidement. Autrement dit, l’économie mondiale extrait toujours plus de ressources naturelles.
Depuis 2018, la part des matières secondaires dans l’économie mondiale est passée d’environ 9,1 % à 7,2 %, puis à 6,9 % aujourd’hui, illustrant une tendance continue à la baisse.
Dans le même temps, l’humanité a consommé plus de 500 milliards de tonnes de matériaux en cinq ans, soit près de l’équivalent de tout ce qui a été utilisé au cours du XXᵉ siècle.
Cette dynamique traduit une réalité : l’économie mondiale reste largement fondée sur l’extraction de ressources vierges, ce qui accentue la pression sur les écosystèmes et les limites planétaires.
Le recyclage est un levier indispensable de l’économie circulaire, mais il intervient en fin de cycle de vie des produits.
Or plusieurs limites structurelles expliquent pourquoi il ne peut pas, à lui seul, transformer l’économie :
Même si tous les matériaux recyclables étaient effectivement recyclés, cela ne suffirait pas à compenser l’augmentation de la consommation de ressources.
La transition vers une économie réellement circulaire nécessite donc d’agir bien en amont du recyclage, notamment sur la conception des produits et sur les modèles économiques.
Pour les entreprises, la circularité ne se limite pas à la gestion des déchets. Elle implique une transformation plus globale des chaînes de valeur et des modèles économiques.
Plusieurs leviers peuvent être activés :
Intégrer les enjeux de ressources dès la conception des produits afin de réduire les matières utilisées, améliorer la réparabilité et faciliter le recyclage.
Maintenance, réparation, réemploi ou seconde vie permettent de réduire la consommation de ressources en prolongeant l’usage des biens existants.
Économie de la fonctionnalité, mutualisation ou location permettent de créer de la valeur sans augmenter proportionnellement la production de biens.
L’analyse des flux de ressources dans la chaîne de valeur, l’écologie industrielle ou les boucles locales de matières permettent de limiter les pertes et de valoriser les déchets.
La baisse du taux de circularité mondial rappelle que le recyclage ne suffit pas à lui seul à transformer l’économie.
La transition vers une économie circulaire implique une transformation plus profonde : réduire l’extraction de ressources, concevoir différemment les produits et développer de nouveaux modèles économiques.
Pour les entreprises, ces transformations constituent à la fois un enjeu environnemental et un levier stratégique pour renforcer leur performance soutenable dans un contexte de raréfaction des ressources et de pression croissante sur les limites planétaires.
Goodwill-management accompagne les entreprises dans cette transition, de l’éco-conception à la transformation des modèles économiques, pour faire de la circularité un levier de performance durable.