Agathe Percheron
Cheffe de projet
Les achats sont au cœur des entreprises. Ils représentent en moyenne 50 à 70 % du chiffre d’affaires des entreprises selon McKinsey mais également jusqu’à 80 % de leur impact environnemental.
Les décisions d’achat, le choix des fournisseurs et la traçabilité de la chaîne de valeur concentrent aujourd’hui l’essentiel des impacts et des risques des entreprises.
Elles déterminent non seulement une grande partie de l’empreinte carbone (notamment via les émissions du scope 3), mais aussi l’exposition aux risques RSE, réglementaires et réputationnels : conditions de travail, dépendance à des fournisseurs critiques, conformité aux exigences CSRD, devoir de vigilance ou encore crédibilité des engagements climatiques.
Face à ces enjeux, les achats responsables s’imposent comme un levier structurant de la RSE et de la performance durable des entreprises. Au-delà d’une simple politique fournisseurs, ils interrogent en profondeur la manière dont l’entreprise pilote sa chaîne de valeur, anticipe ses risques et crée de la valeur dans un contexte de contraintes environnementales et réglementaires croissantes.
Cet article propose de revenir sur les fondamentaux des achats responsables, les leviers de création de valeur associés, les grands principes à respecter, ainsi que les outils et référentiels permettant de structurer une démarche robuste.
Les achats responsables reposent sur deux cadres de référence majeurs. Selon l’ADEME, leur déploiement consiste à intégrer dans le processus d’achat des critères environnementaux et sociaux, ainsi qu’une logique de cycle de vie et de coût global.
L’AFNOR définit un achat responsable comme :
un achat dont les impacts environnementaux, sociaux et économiques sont les plus positifs possible sur toute la durée du cycle de vie et qui aspire à réduire le plus possible les impacts négatifs.
(Source : ISO 20400)
Ces deux approches sont pleinement complémentaires. Toutefois, dans le domaine des achats, plusieurs termes coexistent (achats durables, responsables ou éthiques) et diffèrent les uns des autres.
L’achat durable cherche avant tout à réduire l’impact environnemental des produits et services.
L’achat éthique met l’accent sur le respect des droits humains et des conditions de travail dans la chaîne d’approvisionnement.
L’achat responsable, quant à lui, combine les dimensions environnementales et sociales avec des critères économiques, afin d’assurer une performance globale et soutenable.
Par ailleurs, au-delà de ces cadres de références, les réglementations sont croissantes en matière d’achats responsables et éthiques. On peut citer :
Au-delà des enjeux réglementaires et de conformité, les achats responsables sont un puissant levier de transformation, à la fois d’un point de vue social (ils permettent de promouvoir de meilleures conditions de travail dans la chaîne de valeur, de promouvoir le recours à l’économie sociale et solidaire et au secteur adapté ou encore de fixer des seuils de respect de conditions minimales en matière de conditions de travail), mais également du point de vue environnemental. Déployer des achats responsables, c’est réduire son empreinte carbone, notamment son Scope 3, intégrer les enjeux d’économie circulaire et réduire l’utilisation de ressources, ou encore éliminer les substances toxiques et dangereuses.
Les achats représentent aujourd’hui un levier majeur pour concrétiser la stratégie RSE de l’entreprise. Ils contribuent directement au respect des exigences réglementaires, notamment celles de la CSRD, qui impose une transparence accrue sur les impacts ESG de la chaîne de valeur et de ses travailleurs.
En intégrant des critères environnementaux, sociaux et éthiques dès la phase d’approvisionnement, l’entreprise aligne sa politique d’achat avec sa stratégie climat, notamment sur la réduction du scope 3.
Au-delà de la conformité, cette approche permet de créer une valeur globale en favorisant des pratiques plus sobres à chaque étape du cycle de vie des produits et services achetés.
Dans un contexte de tensions géopolitiques, de volatilité des matières premières et de renforcement des obligations légales, les achats responsables jouent un rôle clé dans la maîtrise des risques. Ils permettent d’anticiper les risques de rupture d’approvisionnement, de non-conformité ou d’atteinte à la réputation, tout en renforçant la transparence dans la chaîne de valeur.
En privilégiant des fournisseurs fiables et engagés, l’entreprise sécurise ses approvisionnements et maîtrise mieux ses coûts sur le long terme. Cette relation de confiance, fondée sur la durabilité et la performance partagée, devient un avantage stratégique durable.
Les achats responsables constituent également un puissant moteur d’innovation. En établissant des partenariats avec les fournisseurs, en encourageant de nouveaux modèles économiques (réemploi, circularité, économie de la fonctionnalité), ou encore en soutenant des technologies, l’entreprise stimule l’innovation dans son écosystème.
Cette dynamique lui permet d’accéder à de nouveaux marchés où les critères RSE deviennent progressivement déterminants et discriminants dans l’attribution des contrats. Ainsi, l’intégration des critères ESG dans les achats devient un facteur concret de compétitivité.
Enfin, les achats responsables contribuent à renforcer l’attractivité de l’entreprise auprès de ses collaborateurs, de ses clients et de l’ensemble de ses parties prenantes. Ils participent à la valorisation de la marque employeur, répondent aux attentes croissantes des consommateurs en matière de durabilité et rassurent les investisseurs sensibles aux critères ESG.
L’entreprise démontre sa capacité à agir concrètement pour réduire ses impacts et à proposer des solutions alignées avec les enjeux environnementaux et sociaux actuels.
Les achats responsables en chiffres
Selon le Baromètre des Achats Responsables 2024 EcoVadis x Accenture, 50 à 60 % des répondants intègrent avec un travail manuel ou une digitalisation des critères ESG dans leurs choix en matière d’achat. Cependant, seuls 30 % de ces intégrations sont considérées comme étant très ou extrêmement efficaces.
Cela montre que les critères choisis à date ne sont pas toujours les plus pertinents pour l’entreprise et qu’ils doivent être adaptés pour être pertinents.
Les achats responsables reposent sur une démarche structurée qui intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), tout en considérant la performance économique et l’innovation. Ces critères permettent de sécuriser la chaîne d’approvisionnement et de créer de la valeur durable.
On peut donc considérer 5 piliers majeurs quand on parle d’achats responsables :
Un autre pilier important en matière d’achats responsables est le concept de coût global ou Total Cost of Ownership (TCO). Le coût global permet d’aller au-delà du choix d’un produit ou service selon le seul critère de prix, mais de prendre également en compte :
Le coût global permet de disposer d’une vision holistique des coûts, permettant aux décideurs de prendre des décisions d’achat informées (prise en compte de l’ensemble des coûts identifiés et estimés et minimisation des coûts cachés).
Encore plus complet, il existe également le TCO + qui prend également en compte les risques environnementaux et sociaux (émissions de CO₂, consommation d’eau, sécurité et conditions de travail des fournisseurs).
Enfin, au-delà d’utiliser le coût global pour choisir les produits et services à acheter, l’un des autres outils des achats responsables est l’intégration de critères ESG dans les appels d’offres permettant d’évaluer la performance globale des prestataires, en cohérence avec la stratégie RSE et les réglementations.
Les critères RSE peuvent être les suivants :
| Pilier | Critères ESG à intégrer dans les appels d’offre |
| Éthique |
Dispositif anti-corruption (existence d’une charte anti-corruption, formation des collaborateurs) Existence des politiques RSE (politique environnementale, DEI, éthique, etc.) |
| Environnement | Empreinte carbone (bilan carbone sur les 3 scopes) |
| Social | Conditions de travail (taux d’accidents du travail, proportion de femmes parmi les managers, politique DEI) |
| Innovation | Écoconception, projets R&D |
| Territoire | Partenariats avec filières solidaires, achats de produits auprès d’entreprises locales ou du secteur de l’insertion |
Le déploiement d’une démarche achats responsables peut se construire grâce à 5 étapes majeures :
Cette étape vise à évaluer le niveau actuel de maturité de l’entreprise en matière d’achats responsables. L’objectif est de déterminer dans quelle mesure les catégories d’achat intègrent des enjeux RSE prioritaires et d’identifier des leviers d’amélioration dans la structuration des dépenses par catégorie, les critères de sélection, les relations fournisseurs. Le diagnostic se concentrera sur l’analyse des grandes familles de produits et permettra d’identifier les pistes d’amélioration pour plus de cohérence entre les engagements RSE et les achats.
Il s’agit de définir une feuille de route afin de prioriser les catégories d’achat à fort impact, et de définir des actions opérationnelles. Sur les catégories priorisées, il est important de fixer une ambition pour guider par la suite la sélection des critères de décision.
Afin de traduire les orientations de l’entreprise en matière d’achats responsables en actions concrètes, il est nécessaire de définir des critères de décision d’achat et des seuils par catégorie d’achat. Ces critères permettront d’intégrer des considérations environnementales, sociales et éthiques dans les processus de sélection des fournisseurs.
L’objectif est de produire un document de référence (politique des achats responsables) pour encadrer et guider les décisions d’achats responsables, en consolidant les engagements de l’entreprise dans une approche structurée et partagée.
La 5ème étape vise à renforcer les compétences des équipes en matière d’achats responsables pour qu’ils s’approprient les concepts, les nouveaux critères définis et les outils mobilisables pour faire vivre la démarche.
Découvrir la formationCes 5 étapes permettront de disposer d’une démarche achats responsables structurée. Mais pour aller plus loin, d’autres étapes peuvent venir la compléter :
Les équipes de Goodwill-management sont en mesure de vous accompagner sur l’ensemble de ces étapes, de manière pragmatique.
Pour déployer une stratégie d’achats responsables, il est essentiel de mobiliser des outils et référentiels reconnus. Ceux-ci permettent d’évaluer la maturité de la démarche, de structurer les actions à mener et de mesurer les progrès réalisés au sein de la chaîne d’approvisionnement.
La norme ISO 20400 constitue le référentiel international le plus complet pour structurer une politique d’achats responsables. Elle fournit des lignes directrices sur l’intégration de la RSE dans la fonction achats, depuis la définition de la stratégie jusqu’au déploiement opérationnel. Elle aide les entreprises et organisations à analyser leurs enjeux, à identifier les risques sociaux et environnementaux, à mettre en place des pratiques d’achat responsables et à aligner leur démarche avec leur stratégie RSE globale.
Attribué par la Médiation des entreprises et le Conseil National des Achats, le Label RFAR valorise les entreprises ayant construit une relation équilibrée, transparente et durable avec leurs fournisseurs. Il repose sur un audit exigeant couvrant la gouvernance, la gestion des risques, la performance économique et la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux. Obtenir ce label constitue une reconnaissance officielle de la maturité de la démarche achats responsables.
EcoVadis est une plateforme d’évaluation RSE utilisée mondialement pour analyser la performance environnementale, sociale, éthique et achats responsables des entreprises. Pour les directions achats, c’est un outil précieux permettant de disposer d’indicateurs harmonisés, de comparer les fournisseurs, de suivre leurs progrès et d’intégrer les résultats dans les critères de sélection. Ecovadis accompagne également les fournisseurs dans l’amélioration continue de leur propre performance.
Le CDP Supply Chain est un programme visant à mesurer et réduire l’empreinte environnementale des entreprises et de leurs fournisseurs, notamment sur le climat, l’eau et la déforestation. En sollicitant leurs fournisseurs via le CDP, les entreprises obtiennent des données standardisées et vérifiées, facilitant l’identification des impacts environnementaux et la définition d’actions de réduction, en particulier sur le Scope 3. Cet outil contribue à renforcer la transparence et à accélérer la transition écologique des chaînes de valeur.
Les achats responsables ne sont plus un simple volet de la politique RSE : ils deviennent un moteur stratégique de transformation de l’entreprise.
En redéfinissant les critères de performance, en mobilisant les fournisseurs, en réduisant les impacts climatiques et en ancrant l’entreprise dans des modèles plus sobres, les achats contribuent à bâtir des chaînes de valeur véritablement soutenables.
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