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La mobilité au service de l’insertion chez Emmaüs France

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Identifiant la mobilité comme un facteur déterminant de l’insertion professionnelle et sociale, Emmaüs France a lancé un projet pilote innovant de mobilité inclusive. Le pionnier de l’ESS a fait appel à Goodwill-management pour l’accompagner via une étude de modélisation économique.

La mobilité, vecteur d’exclusion et fort levier d’action sociale

Les limites de la mobilité en France

 

La question de la mobilité est, en France, essentielle de par l’importance du transport dans l’environnement socio-économique du pays. Les transports représentent ainsi 40 milliards d’euros de dépenses annuelles des administrations en fonctionnement et investissement. Ils représentent aussi 14% de la consommation totale des ménages. De plus, le maillage routier est particulièrement conséquent, avec plus de 1,1 million de kilomètres de routes en France. Il est en progression de 15% ces vingt dernières années.

En dépit de cette importance, le transport collectif de voyageurs de proximité est fortement déséquilibré. En effet, la moitié de ces transports en commun sont concentrés en Île-de-France. Avec une augmentation de la tendance depuis 2010, cela laisse potentiellement un vide important dans les zones les moins denses de France. Le rapport « Mobilité 21, pour un schéma national de mobilité durable », remis au gouvernement en 2013, souligne un certain nombre de constats majeurs du paysage de la mobilité en France. Parmi eux, une demande de mobilité qui restera forte et très différenciée selon les populations et les territoires et de réels enjeux de désenclavement et d’attractivité.

La recherche de solutions de mobilité novatrices devient un élément de plus en plus important d’un point de vue social. En effet, la croissance de la demande de transport, accentuée par l’étalement urbain, a conduit à une situation de réelle dépendance vis-à-vis de l’automobile individuelle. La voiture reste le mode motorisé le plus utilisé en France (38% des déplacements et 52% des kilomètres parcourus). Cette tendance se fait d’autant plus ressentir lorsque le territoire est peu dense ou mal desservi par les réseaux de transports publics. Elle est également souvent associée à un accroissement du stress et une dégradation de la qualité de vie. Ces derniers sont en lien direct avec la hausse des dépenses des ménages pour se déplacer.

 

L’exclusion sociale comme conséquence de l’accès difficile à la mobilité

 

Par la place prépondérante qu’elle occupe dans la vie en société, la mobilité doit être perçue comme une capacité permettant l’accès à un panel de droits (à l’emploi, au logement, à l’éducation, etc.). Un tiers des ménages les plus pauvres n’ont pas de voiture et qu’un quart des chômeurs n’ont pas de permis. Ainsi, l’accompagnement social doit s’inscrire en plein dans la démarche d’aide à l’accès à la mobilité.

Selon le rapport Mobilité, insertion et accès à l’emploi – Constats et perspectives (Auxilia, 2013), les problèmes de mobilité ont un impact fort sur les acteurs en situation de précarité, ainsi :

• 50% des personnes en insertion interrogées ont déjà refusé une offre d’emploi pour des raisons de mobilité

• 28% des personnes en insertion interrogées ont dû abandonner en cours de route un emploi ou une formation pour la même raison.

Selon ce même rapport, parmi les principaux enjeux identifiés de la mobilité inclusive on retrouve l’apprentissage de la mobilité, la faculté d’utiliser plusieurs modes de transports (aussi appelé la multimodalité) et la nécessité de systématiser la coopération. Le projet pilote d’Emmaüs s’inscrit dans la résolution de ces enjeux présentés dans cette introduction.

Emmaüs, porteur d’un projet de mobilité inclusive à destination de personnes en situation de précarité

 

Conscient des enjeux de la mobilité inclusive, Emmaüs a décidé de créer un projet pilote à ce sujet. Il est porté par le Pôle Innovation & Développement d’Emmaüs France.
Ce projet vise à mettre en place un système de mobilité qui réponde aux besoins des salariés en insertion et de ménages précaires dans la zone du Bocage (département des Deux-Sèvres) en s’appuyant sur un réseau d’acteurs locaux : l’entreprise Ateliers du Bocage, membre du réseau Emmaüs, et de nombreux acteurs économiques, institutionnels, associatifs.
Il conjugue tout à la fois efficacité économique, préservation de l’environnement et équité sociale. Le projet combine l’utilisation de voitures en autopartage, de Vélos à Assistance Electrique (VAE) et de covoiturages.

L’objectif est également de tester la possibilité d’atteindre un équilibre économique pour un tel système de mobilité inclusive. Toutefois, l’idée sous-jacente au pilote est de sortir d’une logique monétaire en proposant un système d’échange interne au projet. Par exemple, proposer un covoiturage permet d’alimenter un « compte » virtuel non monétaire. Il permettra ensuite, pour une valeur définie, d’utiliser un VAE, ou d’accéder à d’autres services complémentaires (réparation du véhicule, halte-garderie…).

Le périmètre initial du pilote concerne le trajet domicile-travail. Il se fonde sur le constat qu’une solidarité existe déjà au sein du réseau Emmaüs dans les déplacements (pratique de covoiturage par exemple). L’idée est de créer un cadre pour développer et élargir ces pratiques de solidarité nécessaires en les rendant plus fluides et plus incitatives.

À terme, Emmaüs vise la diffusion de ce dispositif à d’autres entités et d’autres territoires.

L’étude d’impact social menée par Goodwill-management démontre les bénéfices larges du projet

 

Sur la base des idées d’Emmaüs pour ce projet pilote, Goodwill-management a été mandaté pour réaliser une étude de modélisation économique de ce projet.
L’objectif était triple :

• Quantifier les coûts évités et les bénéfices cachés d’un tel projet pour les parties prenantes (usagers, entreprises pilotes, acteurs extérieurs) ;

• Etablir une valeur d’équivalence entre les 3 solutions (autopartage, covoiturage, VAE) permettant d’alimenter un « compte de mobilité » non monétaire, et faisant le lien entre l’utilisation des différentes solutions ;

• Emettre des recommandations sur le portage et la réussite du projet.

Focus sur la méthodologie de quantification des bénéfices cachés

 

L’outil utilisé par Goodwill-management pour accompagner Emmaüs France dans sa quantification est la méthode « Thésaurus-RBC » (RBC pour Recherche des Bénéfices Cachés). Il s’agit d’une méthode de type SROI (« Social Return On Investment »). Elle nous a permis de réaliser plus de 100 études de rentabilité de projets RSE et d’impacts socio-économiques pour différents clients.

La création d’un système de mobilité inclusive pour des salariés en insertion et des ménages précaires peut avoir de nombreux effets positifs. Ce peut être pour ces personnes mais aussi pour leur entourage, à court-terme comme à long-terme. Par exemple, en acquérant la capacité de se rendre à l’heure tous les jours à son travail, une personne verra son bien-être amélioré (réduction du stress, gain de temps). Elle évitera de potentielles retenues sur salaire, et améliorera son employabilité, en étant mieux perçue par son employeur et en élargissant sa zone de recherche d’emploi.

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A partir de l’identification de tels impacts, nous avons pu modéliser les bénéfices cachés et les coûts évités induits au niveau économique et les estimer en euros.

Ces impacts sont larges : ils sont à la fois directs pour les utilisateurs des solutions et indirects pour la société dans son ensemble. Ainsi, les personnes en situation de précarité voient leur confort de vie augmenter. De plus, leur mobilité bénéficie également aux employeurs locaux qui ont des difficultés à recruter. Cela se traduit de manière positive dans les finances publiques via des effets globaux tels que la réduction du chômage ou le meilleur accès aux soins. L’accent mis sur des choix de mobilité douce diminue de plus les émissions polluantes sur le territoire.

Un impact socio-économique largement bénéfique

 

Goodwill-management est fier d’avoir pu participer au cadrage d’un projet ambitieux à l’utilité sociale réelle. Notre conclusion principale est que le retour social sur investissement d’un tel système est largement positif. S’il est important de garder à l’esprit qu’il s’agit à ce stade d’une évaluation prospective sur un projet innovant, amené à évoluer et à être testé sur le terrain, notre étude montre bien un fort effet de levier.

Dernière modification le 5 décembre 2018

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